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Publié par Michel GODICHEAU

 

Cette petite note pour attirer l'attention sur un livre qui vient de paraître aux Presses Universitaires du Mirail.

 

L'auteur de «Pierre  Bourdieu ou l'héritage républicain récusé » est un ami et camarade : Michel Eliard, qui fut responsable du Département de Sociologie à l'Université de Toulouse Le Mirail.

 

C'est d'abord un ouvrage critique au sens où Marx l'entendait. Michel Eliard entend utiliser l'arme de la critique pour défendre l'école républicaine contre un courant qui, depuis 50 ans, utilise « Les Héritiers » le best-seller de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, pour appuyer les « réformes » destructrices de l'Ecole publique et laïque. Le courant qui se réclame de son nom verrouille encore de nombreux départements universitaires, tant en France qu'à l'étranger mais sécrète aussi une vulgate, audible tant dans la « gauche alternative » que dans les cabinets ministériels, les corps d'inspection, chez les énarques et chez les bureaucrates ex-syndicaux ou néo-ayatollesques qui ont souvent la haute main sur la formation des maîtres.

 

Michel Eliard, alors jeune chercheur, a été directement associé aux travaux préparatoires de cet ouvrage, en liaison directe avec Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Quel est son propos ? La méthodologie à l'origine des « Héritiers » fait bon marché des exigences d'une enquête universitaire sérieuse. Pourquoi cet anthropologue et sociologue de grand talent a t-il prêté la main à cette utilisation d'une recherche inaboutie pour une entreprise de déstabilisation de l'Ecole qui continue à produire des effets ? Il y a sans doute une part de naïveté de Bourdieu lui-même, théorisée ultérieurement. Pierre Bourdieu récuse la lutte des classes et ne se départit pas d'une analyse bourgeoise de l'Etat. Bourdieu était, de son propre aveu, de ceux à qui l'indignation servait de soupape de sécurité face à un monde dont il méconnaissait les rapports matériels. Dès lors on voit le chercheur, l'intellectuel foisonnant et souvent confus, propulsé par le succès mais théoriquement éperdu, laisser utiliser « Les Héritiers » pour répondre aux nécessités mises en avant par le capital, voire proposer son expertise. Au bout du compte Pierre Bourdieu réitère sa filiation théorique, celle de Blaise Pascal et du pessimisme des jansénistes.

 

Michel Eliard montre comment, en se parant d'une auréole progressiste, mais à mille lieues des réflexions de Friedrich Engels sur l'Ecole de la République, Bourdieu et ses épigones vont attaquer l'Ecole à coup de concepts frelatés (celui de capital culturel, par exemple ) et d'embrouillamini lexicaux. Mais en s'appuyant sur les revendications ouvrières, les forces qui résistent à ce cours destructeur, et dont nous nous honorons de faire partie, n'ont pas subi et ne subissent pas que des défaites. C'est parce que les combats décisifs sont devant nous qu'il faut lire Michel Eliard, libre penseur de qualité, militant ouvrier et universitaire exigeant.

 

(L'ouvrage paru le 20 mai aux Presses Universitaires du Mirail est vendu 20€ et vous sera expédié franco si vous le commandez à la librairie de la Libre Pensée)

 

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