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Publié par Michel GODICHEAU

 

« Si l'entreprise croit en l'homme, l'homme croira en l'entreprise », déclarait au Spring Campus de Croissance Plus, Jean-Luc Petithuguenin, PDG de PAPREC (groupe industriel de récupération et traitement des déchets- 4000 salariés). Assertion banale d'un patron paternaliste  (et une des grosses fortunes françaises)? Pas seulement ! On retrouve aujourd'hui JL Petithuguenin parmi les plus illustres des signataires d'une pétition portée sur Internet par le magazine Marianne et qui prétend parler de laïcité. Une laïcité intransigeante qui concernerait Juifs (diable !), chrétiens (tudieu!) et musulmans (mekhtoub !), mais qui est quand même publiée à la veille du ramadan, sans doute un hasard du calendrier ! JL Petithuguenin est fier de ses succès industriels, dans un secteur dont les marges sont dopées par la volonté d'expier d'une société qui croule sous ses déchets (moi j'aimais mieux un monde sans Veolia et sans Paprec où les Etablissements Lagrille (récupération) sponsorisaient les combats du Trélazé Boxing Club), mais sa fierté ne s'arrête pas là. Son groupe s'est aussi construit depuis longtemps autour d'un business model célébré par l'association « Entreprise et Dirigeants Chrétiens », qui tient annuellement un forum où se bouscule le gratin des patrons calotins. Le plus récent d'entre eux s'est tenu à Nantes en mars 2014 et à laquelle le séduisant président du MEDEF, Pierre Gattaz, est venu avec franchise illustrer et traduire la formule de Petithuguenin : « La pédagogie missionnaire sur l'entreprise : expliquez aux Français  l'entreprise ! ». Donc, dans l'entreprise, on peut avoir la foi, on peut être missionnaire, mais à condition de croire... en l'entreprise. D'ailleurs chez Paprec, le règlement intérieur (du moins dans la "Charte de la laïcité" qui lui est annexée) est très clair :

 

« La laïcité en entreprise implique que les collaborateurs ont un devoir de neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leur travail. »

 

Laissons -pour l'instant- de côté la question de la définition de la « laïcité en entreprise », OVNI juridique, pour nous attacher à la suite :

 

  1. Cela s'adresse aux « collaborateurs » (entendez les salariés, préposés, prolétaires...) pas au patron : d'ailleurs, lui travaille toujours : avec les dirigeants chrétiens, avec Croissance Plus, avec Borloo, avec Ernst et Young et peut juridiquement s'exprimer. D'ailleurs le Code du travail est limpide : « Article L1321-1 : Le règlement intérieur est un document écrit par lequel l'employeur fixe exclusivement » 1° Les mesures d'application de la réglementation en matière de santé et de sécurité dans l'entreprise ou l'établissement, notamment les instructions prévues à l'article L. 4122-1 ;2° Les conditions dans lesquelles les salariés peuvent être appelés à participer, à la demande de l'employeur, au rétablissement de conditions de travail protectrices de la santé et de la sécurité des salariés, dès lors qu'elles apparaîtraient compromises ;3° Les règles générales et permanentes relatives à la discipline, notamment la nature et l'échelle des sanctions que peut prendre l'employeur.

  2. On constatera aussi que l'objet de la Charte Paprec n'est pas d'interdire le voile pour protéger les petits enfants des affreuses madames voilées, mais de manifester (par conséquent par la parole, le geste, le vêtement, le signe...) leurs convictions politiques (monarchistes, républicaines etc.) ou religieuses (chrétienne, bouddhiste, confucianiste...) . Bref Sophie et Sophie, les filles de l'accueil, n'auront plus le droit le lundi de parler de la communion de la petite, ni du beau-frère bourré qui y expliquait comment, à son avis, Sarkozy devrait, à son inéluctable retour, traiter les grévistes de la SNCF. C'est bien de cela qu'il s'agit ? J'ai comme un doute !

  3. On constatera enfin que l'article L1321-1 du Code du travail exclut de telles dispositions, sans parler de l'article 10 de la « Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 » , partie intégrante du préambule de la Constitution : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »
     

Bien sûr on pourrait aussi prétendre que ceux qui font table rase de l'oeuvre de la Révolution française en matière de libertés communales et d'administration départementale sont précisément en train de forger une nouvelle définition de l'ordre public. C'est sans doute le cas.

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