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Publié par Michel GODICHEAU

 

 

Jean-Paul Brighelli, blogueur, éditorialiste, professeur agrégé et conseiller politique officieux du SNALC (Syndicat autonome des Lycées et Collèges), nous explique en ce 9 décembre 2014 ce qu'est la loi du 9 décembre 1905. Ses démonstrations dans "Le Point" s'appuient, comme souvent, sur le schéma suivant : des références historiques incontestables et que le manant est supposé ne pas connaître (tout le monde n'est pas professeur agrégé!) : les crèches de Noël n'ont pas d'origine dans la dogmatique chrétienne, amis résultent d'une tradition populaire. Ensuite un saut sémantique carpé (pour le manant il faut simplifier : « En pratique ...») pour nous indiquer que les santons de Provence c'est très bien en Provence et que JC Gaudin a, dans le passé, fait trop de concession aux allogènes. Enfin un salut à Robert Ménard, maire de Béziers, pour la pertinence de sa connaissance de la Perse moderne et de la connexion évidente  de son appareil politico-religieux avec la Libre Pensée. Conclusion : les « agnostiques de la Libre Pensée » sont  «contre leur gré les idiots utiles d'un agenda communautariste». Ces crétins n'ont pas vu le complot ! Bien ! La suite est plus confuse du point de vue du raisonnement : on aura dû abuser du « Père Benoît  12°» à la table des agrégés de la cantine du lycée :

 

« désormais, l'islam aura le droit de revendiquer un même traitement, en affirmant qu'il est la tradition culturelle de demain - puisque aussi bien on aura éradiqué les traditions culturelles d'hier. » ….

 

Il me semble que le communiqué publié le 8 décembre par l'Union rationaliste rétablit les choses :

 

« Monsieur Cambadélis, Premier secrétaire du PS, a déclaré le 5 décembre sur BFM TV que les organisations qui demandaient, au nom de la loi de séparation des Églises et de l'État, le retrait des crèches installées au conseil général de Vendée et à la mairie de Béziers menaient « un débat dérisoire », « sans aucun sens » et « transformaient la laïcité en religion laïque ». Dira-t-il la même chose lorsqu'un maire juif ou à la tête d'une municipalité à forte composante juive, dressera un chandelier à sept branches dans le hall de sa mairie, ou qu'un maire musulman y affichera une grande image de la Kaaba et une banderole demandant aux musulmans de respecter le Ramadan ? »

 

Le couple Brighelli-Cambadélis est certes un couple historiquement insolite, mais en ces temps de crise politique, on n'a sans doute pas fini de constater des regroupements exotiques !

 

Bref, le Tribunal administratif de Nantes n'a pas « condamné les crèches de Noël », il a condamné M. Retailleau Président du Conseil général de Vendée (et son prédécesseur de Villiers qui avait initié le processus) pour une infraction à la loi dont c'est aujourd'hui l'anniversaire. Voici deux extraits de l'intervention d'Aristide Briand, rapporteur de la loi, lors du débat sur l'article 28 :

 

 

« Il s'agit ici d'emblèmes, de signes extérieurs ayant un caractère spécial, c'est-à-dire destiné à honorer ou symboliser une religion. Par les termes « emplacements publics » nous visons les rues, les places publiques et les édifices publics autres que les églises et les musées. Il n'est nullement question d'empêcher un particulier, si c'est son goût, de faire décorer sa maison de la manière qui lui plaira, même si cette maison a façade sur une place ou une rue. L'idée ne nous est même pas venue de formuler une telle interdiction (applaudissements). » (Aristide Briand – La séparation – discussion de la loi- Paris 1908 – pages 305-306).

 

Et plus loin :

 

« Ne comprenez-vous pas qu'il serait dangereux pour la paix publique de permettre aux conseils municipaux de se saisir des places et des rues de nos villes et de nos villages pour affirmer leurs convictions religieuses sous l'aspect d'emblèmes ou de signes symboliques ? … Le souci de l'art n'a rien à voir ici ! Absolument rien...si les catholiques ont une préférence persistante pour cette forme de l'art, libre à eux de la satisfaire chez eux, dans leurs propriétés particulières, mais qu'ils n'aient pas la prétention exorbitante d'accommoder à leur goût exclusif les rues et les places publiques qui sont à tous les citoyens français sans exception. » (pages 306-307)

 

Encore une fois, il n'est point besoin d'en appeler au pseudo-Mathieu et JP Brighelli n'est lui-même qu'un des symptômes mineurs d'une crise politique majeure : la crise de la représentation politique dans cette période de lutte de classes intense le conduit à se retrouver aux côtés d'Eric Ciotti, de Robert Ménard et de JC Cambadélis...(un gouvernement pour demain?). Et je préfère, en l'occurrence, me retrouver aux côtés de Jean Baubérot et des magistrats du Tribunal Administratif de Nantes.

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