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Publié par Michel GODICHEAU

La mémoire numérique est ingrate, elle ne connaît pas Jacques fils de Pierre, mais elle a une excuse : le binaire et l'hexadécimal n'ont pas l'affectivité des robots qui seront leurs petits-enfants. Ma mémoire sélective et fatiguée me rappelle ces jours-ci un fait que je n'ai pas digéré. Je retournerai au cimetière de l'Est pour voir la date exacte c'était dans les années 1990. Jacques, fils de Pierre Martineau, directeur d'école retraité, décédait peu après son départ en retraite. Jacques était membre du bureau national du même parti que moi ; lors de sa disparition, j'avais écrit, après discussion avec quelques-uns de ses camarades, un hommage qui retraçait son parcours, celui d'un digne petit-fils de Jean Jaurès. Ce papier n'est jamais paru, malgré un rappel envoyé un peu plus tard et Jacques, fils de Pierre fut ainsi le seul membre du bureau national à avoir été privé d'hommage dans l'organe de son parti. Son père « petit Pierre » était militant communiste, Jacques, devenu militant au moment de la déstalinisation avait adhéré au PS. Je l'avais connu lors de la campagne présidentielle de 1981. Nous avions ensuite formé ensemble un « Cercle Jean Jaurès » , puis bataillé contre la très monarchique décentralisation de 1982-1983. C'était cependant surtout la bataille contre la loi anti-laïque de ce pauvre Savary qui nous avait rapprochés : notre figure tutélaire était alors Maurice Poperen qui fêterait bientôt ses 90 ans et incarnait la fidélité aux principes alors que mille liens personnels l'attachaient à la gauche gouvernementale. Jacques avait pris ses responsabilités, il avait été exclu du PS, dont il était un responsable. Jacques était d'abord un serviteur et un défenseur de l'école laïque : il appelait ses élèves par leur nom de famille, ce qui n'était déjà plus guère à la mode, et résistait en faisant face à son inspecteur primaire « M. L'Inspecteur, l’Église leur avait donné un prénom, la République leur a donné un nom ! Souffrez que j'utilise celui-là ! » . Aujourd'hui, celui que je considère comme le responsable d'une petite vilenie au moment de sa mort a été jusqu'au bout d'une logique personnelle dérisoire et fondé son propre regroupement politique où il pourra multiplier les selfies que constituent ses éditoriaux.

 

 

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