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Publié par Michel GODICHEAU

Mon attention a été attirée ce matin sur un article du quotidien du « Courrier de l'Ouest » de ce 7 mai 2016. Un responsable de « Lutte Ouvrière » y explique (a posteriori, mais ce n'est pas de sa faute), pourquoi « L.O.  ne participera pas au rassemblement du 1°Mai devant la stèle de Ludovic Ménard à Trélazé ». Quelques remarques liminaires. D'abord on s'est très bien passé d'eux et on ne leur avait rien demandé. Ensuite, il peut apparaître inhabituel que le C.O., soutien indéfectible du syndicalisme chrétien publie -après coup- un communiqué de L.O. Enfin et pour information, c'était la première fois que la CGT, la CGT-Force Ouvrière, Sud et la FSU appelaient ensemble à ce rassemblement pour manifester leur unité pour le retrait de la loi El Khomri (« Loi Travail »).

L'argumentation développée relève de la plus haute analyse historique. Ludovic Ménard n'aurait pas vraiment été pacifiste, contrairement à un autre syndicaliste, Louis Bouët. Ludovic Ménard, déjà vieux militant syndicaliste (59 ans en 1914), peu à l'aise avec la politique qui l'a à plusieurs reprises manipulé, pacifiste et admirateur de Jaurès qu'il cite à cette occasion … a en effet choisi Jouhaux, donc l'union sacrée, même si c'est passivement, et Louis Bouët, jeune instituteur syndicaliste (34 ans) a eu une attitude internationaliste irréprochable à cette occasion, s'engageant dans une voie d'aide directe à la résistance internationaliste contre la guerre impérialiste. Soit. Dès le lendemain de la guerre, Bouët soutiendra la motion Cachin-Frossard au congrès de Tours, sans s'arrêter à l'attitude de Cachin et de Frossard pendant la guerre, il deviendra ainsi le premier secrétaire fédéral du Parti Communiste en Maine-et-Loire. Ludovic Ménard s'en tiendra, lui, à une défense intransigeante de la Charte d'Amiens. Bref, les historiens du mouvement ouvrier peuvent continuer à discuter.

J'étais à ce rassemblement du 1° mai à Trélazé et j'ai participé ensuite à la manifestation d'Angers. Le secrétaire de l'UL-CGT et le représentant de l'UD-FO ont pris tour à tour la parole, l'un pour expliquer que le combat syndical de Ludovic Ménard, bataillant pendant des décennies pour la reconnaissance du statut de mineur que l'on refusait aux carriers était le pendant du combat d'aujourd'hui pour le maintien du contrat collectif de travail contre la loi El Khomri, l'autre en indiquant la convergence de cette exigence du retrait avec les revendications des travailleurs d'Espagne, de Grèce, du Portugal engagés en ce premier mai internationaliste dans la lutte contre le saccage de leurs vies et de leurs droits. Dans un premier temps, je me suis dit que cette sortie de Lutte Ouvrière dans la presse locale n'était qu'une des illustrations du sectarisme de ce groupe. Mais cela n'expliquait pas que le Courrier de l'Ouest s'y soit intéressé. Et puis je suis allé voir l'édito de lutte Ouvrière sur son site et j'ai lu :

 

« Le grand patronat n’a pas attendu la loi El Khomri pour licencier, pour imposer la flexibilité, pour n’embaucher pratiquement qu’en intérim ou en CDD. »

 

Donc, voilà, cela relativise la question des revendications et de l'unité réalisée pour le retrait ! On s'explique mieux le débat, sur le même site, entre Frédéric Lordon et Jean-Pierre Mercier de Lutte Ouvrière. Lordon l'explique bien : « Les lois de la sociologie s'appliquent à tout le monde » . Quelque part le débat sociétal doit rassurer le « Courrier de l'Ouest » davantage que la lutte des classes.

Le Courrier de l'Ouest, Lutte Ouvriere, le syndicalisme et le débat sociétal.
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