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Publié par Michel GODICHEAU

Trotsky et Mallarmé. Non, ce ne sont pas deux poètes. Mais quand on voit un Macron ou un Trump, on se dit que cette trouvaille de l'historien Pierre Broué a une profonde signification  : un visiteur français du train du chef de l'Armée Rouge pendant la guerre civile avait été surpris de trouver un volume de Stéphane Mallarmé dans le bibliothèque que Trotsky avait emporté avec lui dans son wagon de commandement. Rohmer a fait un beau film sur Mallarmé, mais il en fait un personnage désagréable et sentencieux. Il l'était peut-être, mais le portrait fait de lui par Nadar avec ses yeux rieurs dément cette impression. Traducteur de Poe (voir billet précédent), Mallarmé aimait la pêche, il y allait avec Nadar, il y serait sans doute allé avec Trotsky, les deux hommes auraient ri, se seraient vantés et querellés.

Mais ce volume dans le train blindé dit ceci : il n'y a pas plus d'art hermétique qu'il n'y a d'art prolétarien et un poème de Mallarmé est beau parce qu'il évoque sans désigner et introduit un mystère, un « mirage interne des mots mêmes » selon l'expression de Mallarmé reprise dans le film nécessaire (comme la minute de M. Cyclopède) de Rohmer. D'ailleurs à défaut de « Prélude à l'après-midi d'un faune », je vais aller à la pêche. Et je vous laisse avec l'érotisme somptueux de ce billet (et Mallarmé illustré par Debussy… et Leonard Bernstein).

 

Billet

Pas les rafales à propos
De rien comme occuper la rue
Sujette au noir vol de chapeaux ;
Mais une danseuse apparue

Tourbillon de mousseline ou
Fureur éparses en écumes
Que soulève par son genou
Celle même dont nous vécûmes

Pour tout, hormis lui, rebattu
Spirituelle, ivre, immobile
Foudroyer avec le tutu,
Sans se faire autrement de bile

Sinon rieur que puisse l'air
De sa jupe éventer Whistler.

 

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