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Publié par Michel GODICHEAU

L'académicienne d'origine angevine Danièle Sallenave fait évoluer dans « Les portes de Gubbio » (Prix Renaudot 1980) un compositeur qui ne compose plus, enserré qu'il est par les tourments de la vie quotidienne dans le contexte d'un Etat totalitaire. Le régime voudrait lui faire écrire de la musique qui améliore la productivité des ouvriers et les calme tout à la fois. A la veille de ses 40 ans il écrit :

 

« … Comme si, ayant cessé d'écrire de la musique, j'avais retrouvé le droit d'en jouir. Ecoutant ce soir le quatuor n°16 de Beethoven ; il n'y a rien de commun entre le temps où je vis (et où j'attends l'irruption de la musique ) et ce temps où me fait entrer la première note – pas même : la première vibration sonore (…) Le monde musical supplée à tous les autres même si la couche sonore que la musique superpose aux bruits du monde ne les couvre pas : je ne cesse d'entendre ni les cris des enfants dans une cour d'école, ni le passage d'un avion, ni le battement des ailes d'un oiseau posé sur l'appui de la fenêtre. Mais la musique, en ouvrant de force son temps propre dans l'espace du mien, dispose autour de moi une trame de signes matériels et pourtant idéaux qui est comme le revers intelligible du monde. » (Ed Hachette - 1980 p. 281-282)

 

La musique apporte Beethoven, son époque et tous ses prédécesseurs et la civilisation contre la barbarie, en même temps que la faculté de supporter le quotidien qu'elle n'annihile pas. Le personnage peut ainsi poursuivre en même temps une relation sexuellement intense avec une jeune musicienne (qui le quittera pour se marier avec une autre relation qu'elle poursuit parallèlement), une recherche inquiète de la vérité avec un ami scientifique et les questions autour d'un engagement dans un monde dont il souhaiterait qu'il ne le concerne qu'à demi.

 

Idem, le romancier catalan contemporain Jaume Cabré (auteur du best-seller « Confiteor »- 2013 – le fil conducteur en est un violon) parle en 2017 dans sa nouvelle « Opus Posthume » d'un pianiste d'aujourd'hui qui découvre une pièce d'un compositeur du début du XIXeme siècle qui écrivait de la musique que l'on a l'habitude de dater du XXe siècle. Il est supposé jouer du Schubert, divise le public en jouant cette pièce, seul Schubert lui-même (qu'il est seul à voir au parterre) approuve. Dès lors il quitte la scène. Définitivement. (Jaume Cabré - Volume « Voyage d'Hiver » Actes Sud-2017) .

 

J'espère que Schubert m'approuvera et que le prochain roman de Danielle Sallenave sera (aussi) musical.

 

Avec l'admirable participation de Me Yoda !

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