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Publié par Michel GODICHEAU

 

J’ai toujours observé Jean-Claude Mailly de loin, sans vraiment lui trouver un intérêt. Ce n’était pas le cas avec son prédécesseur. Ni même avec André Bergeron. André Bergeron, ses lapins, avec Maurice Joyeux comme chauffeur, la veuve Jouhaux dans ses bagages… un prolo qui avait Georges Pompidou et Jacques Chirac à portée de main et un sens aigu de la manœuvre, un réformiste de la vieille SFIO. J’ai connu quelques militants qui prenaient au sérieux cette appellation de Section française de l’internationale ouvrière et en agrémentaient un couplet quand ils chantaient « La Jeune Garde ».

JC Mailly n’est pas un prolo, il n’a rien de joyeux et ses bisous à Laurence Parisot n’ont pas le parfum des escapades trélazéennes du mari de Mme Jouhaux, syndiqué au Syndicat des Allumettes.

Bref, JC Mailly va gérer les relations sociales (attention, pas la lutte des classes, c’était pas son truc) avec Raymond Soubie. La classe ouvrière s’en remettra. JC Mailly met ses tout petits pas dans ceux de Nicole Notat. Je préfère décidément le fromage de tête au carré de tête, dans lequel à côté de Pepito et de l’Agneau de Dieu, il avait l’air d’un cracker Belin.

Marc Blondel c’était autre chose. Probité, certes, au point que des ministres qui avaient des états d’âme côté morale (mais oui, ça existe, lisez Lénine, amis de la FI!) lui demandaient parfois un avis ; il répondait : désolé, on ne peut pas moraliser le capitalisme ! Probité, mais surtout fidélité à la classe ouvrière. Si: les prolétaires ! Pas une catégorie sociologique, ceux qui n’ont à vendre que leur force de travail et qui représentent en France, comme en Chine ou au Brésil, l’immense majorité. Fidélité, n’en déplaise à Mailly qui s‘est permis une petite vacherie posthume (et mensongère), dont l’élégance est à noter. Et sur Soubie, mieux vaut pour Mailly que Blondel ne soit plus là. Comment peut-on devenir préposé d’un proche de François Fillon ? Je me marre, je vous mets un coup de Closer https://www.closermag.fr/politique/photoscoucou-revoila-francois-fillon-et-ses-chemises-bleues-au-grand-prix-833106

 

Bref c’est aussi la lutte des classes. Mailly pense sans doute qu’il a pris une décision personnelle dans le cadre d’une fin de carrière : il n’est que le produit un habitus (le concept est de Marx, pas de Bourdieu) qui happe les fonctionnaires syndicaux si on lâche la bride. Marc Blondel le savait bien : ses convictions et aussi son mode de vie modeste étaient des remparts, mais c’est la force de l’organisation qui fait les hommes et il s’est battu contre ceux qui souhaitaient s’entourer de fonctionnaires syndicaux choisis pour leur expertise. Mailly a eu juste le score qu’il fallait pour que la classe donne son point de vue sans mettre en péril les structures de l’organisation. Oui on va l’oublier. T’inquiète, man !

Il y a 118 ans, Fernand Pelloutier anticipant sur cette institution ouvrière vieille de 70 ans qu’est la Sécurité sociale, concluait sa « lettre aux anarchistes » par ces mots :

« Les syndicats ont depuis quelques années une ambition très haute et très noble. Ils croient avoir une mission sociale à remplir et, au lieu de se considérer soit comme de purs instruments de résistance à la dépression économique, soit comme de simples cadres de l'armée révolutionnaire, ils prétendent, en outre, semer dans la société capitaliste le germe de groupes libres de producteurs par qui semble devoir se réaliser notre conception communiste et anarchiste. Devons-nous donc, en nous abstenant de coopérer à leur tâche, courir le risque qu'un jour les difficultés ne les découragent et qu'ils ne se rejettent dans les bras de la politique. » -F. Pelloutier – 12 décembre 1899

C’est en sauvant la Sécurité sociale qu’on évitera Mateo Salvini.

 


 


 

 

 

 

 

 

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