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Publié par Michel GODICHEAU

 

 

Ce jeudi  commençait une grève à Ryanair. Aurai-je mon avion samedi ? Je ne sais pas. Mais je soutiens la grève, of course !

En présentant cette grève et ses causes, le quotidien britannique « The Guardian » (même en cherchant bien, rien d’aussi bonne qualité en langue française!) cite un analyste qui dit « their brand is built on being reliable bastards », autrement dit «  leur image de marque est celle d’être des salopards fiables ». Au fond, cette grève qui s’ajoute à celle de Deliveroo, aux mouvements des uberisés et des équipiers de McDo, révèle une tendance profonde : la tentative d'abolition du salariat par le capital  et à son profit prend plusieurs formes, mais butte toujours sur une contradiction pour l'instant insurmontable. Si on fait ses comptes, un migrant embauché en Allemagne à 0,8€ de l’heure ou un chômeur de longue durée à 1,05 de l’heure, on aboutit à des revenus mensuels de l’ordre de 150 à 200€ par mois, ce qui, rapporté au temps de travail (ou de mise à disposition) représente pas très loin du SMIC bulgare (215€), mais 4 fois plus que ce que représente le salaire d’une ouvrière éthiopienne qui travaille peut-être pour un fonds de pension américain qui a racheté un producteur de fleurs néerlandais.

Au bout du bout, on trouve toujours la limite physique de la reproduction de la force de travail, tel cet apprenti pilote de Ryanair qui, affamé, volait des betteraves dans un champ polonais près de son centre de formation.

« Reliable bastards » implique aussi qu’il faut être fiable. Or Ryanair a déjà du plomb dans l’aile de ce côté, après s’être planté sur ses plannings cet hiver et avoir supprimé brutalement des centaines de vols (l’aspect « bastards » s’applique aussi aux passagers). L’incident des plannings a aussi à voir avec la lutte des classes : la pénurie de pilotes fait que ceux-ci quittent le bagne de O’Leary (le PDG) dès qu’ils le peuvent. Or chez certains autres, c’est moins pire : ainsi, avec le soutien de l’interprofessionnelle, les salariés d’Easyjet de la plate-forme de Genève ont obtenu une convention collective signée par le syndicat SSP-VPOD et reconduite depuis 2016. La stabilité ainsi obtenue a permis à Easyjet de contrer son concurrent Swiss ( l’ex Swissair du Baron Seillières). La concurrence entre employeurs est une des bases de l’action interprofessionnelle des syndicats dans les Bourses du Travail. Donc les bâtards pourraient être contraints aux concessions. Une grève de certains contrôleurs du ciel genevois est annoncée pour le 23 juillet, pour obtenir des recrutements, donc des remplacements. « Quoi, s’étrangle « Le Temps » (« Le Temps » = « Le Monde »+ « Le Figaro »), voilà des gens qui gagnent 20000 CHF par mois et qui se plaignent ! » On connaît l’argument opposé au personnel navigant d’Air France. Mais ces salaires sont un puissant encouragement pour les personnels navigants de Ryanair payés 1500€ avec des astreintes invraisemblables.

L’idéologie « bastards », dû à à la déréglementation imposée par les accords commerciaux internationaux, a effectivement un ruissellement que l’on retrouve à la fois chez les « haters » de Twitter et chez une partie des étudiants. C’est la lie de la bastardise : un Macron ou une Sibeth N’Diaye ("la meuf is dead") et leur Start’up Nation sont emblématiques de ce que le capitalisme décomposé a réussi à créer : un neveu de Donald qui serait hybride de l’oncle Picsou et des Frères Rapetou.

Mais il suffit (et il faut) que des syndicats arc-boutés sur la défense des intérêts particuliers des salariés (et pas du « bien commun ») et organisés inter-professionnellement, soient présents auprès de tous les salariés précaires (même abusivement qualifiés d’auto-entrepreneurs), pour aider à renvoyer en enfer tous les « reliable bastards »

 

 

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