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Publié par Michel GODICHEAU

A propos d’un bail commercial et de l’accord Ieronymos Tsipras

Sotiris exploitait cette taverne (magnifique n’est-ce pas ?) dans un bâtiment orné de l’aigle byzantin (1802, peut-être). L’hiver, le samedi ou le dimanche, on pouvait même parfois y manger du lièvre. La rénovation du village et la route asphaltée, donnent au lieu un attrait touristique. Sotiris n’a pas pu suivre lors de la dernière mise aux enchères du bail : il aurait du partir. La route goudronnée qui mène désormais au village, fera sans doute diminuer la population de lièvres dont elle fracture le territoire (en plus des maudits 4X4 qui, l’été, font du safari en colonnes dans la forêt), économiquement, les touristes arrivent dans la montagne. Cette église et la taverne attenante sont une des nombreuses propriétés ecclésiastiques. Mais ici, et c’est le revers des choses, si le pappas ne tient pas compte de l’opinion, cela peut se retourner contre lui. L’opinion estimait qu’il y avait de la place pour deux (l’autre taverne, mieux placée, avait remporté l’enchère) et la négociation a abouti cette semaine à un maintien de Sotiris dans les lieux. Peut-être y reviendrai-je le 18 janvier, pour la fête de Saint-Athanase (pourtant pas un gai luron, mais la fête est joyeuse).

 

La négociation entre le premier ministre Tsipras et Ieronymos II « Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce », sur les rapports entre l’Église et l’État semble aussi avoir abouti cette semaine. Un accord en 15 points qui a fait les gros titres, car il veut laisser espérer une séparation de l’Église et de l’État (qui supposerait une modification de la Constitution) et sort le clergé orthodoxe de la fonction publique. L’extrême-droite dit que l’archevêque est marxiste, les voix critiques montrent Tsipras à quatre pattes, chevauché par l’archevêque. Le communiqué commun publié laisse plutôt penser, en effet, à une consolidation de la place de l’Église (et de ses immenses propriétés), même avec des concessions. Le bas clergé, comme en 1795 en France, comme en 1905, se montre légitimement préoccupé par des questions très matérielles (salaires, retraites, assurances sociales).

L’un et l’autre des protagonistes se sont bruyamment félicités de l’accord. Encore faut-il, pour qu’il s’applique, obtenir l’accord du Saint-Synode (la communauté des évêques) voire de Constantinople (car ici Constantin est toujours d’actualité) dont le patriarche Bartholomeus gouverne (très théoriquement) les évêchés du Nord de la Grèce et du Dodécanèse. Une délégation a rencontré le patriarche. De son côté Tsipras devra soumettre l’accord à la Boulé (Parlement) et démêler l’écheveau juridique et financier qu’il a lui-même créé.

 

Par delà les intentions des uns et des autres, Ieronymos II est soumis à une double pression : celle d’une société urbaine de plus en plus sécularisée et qui risque de lui faire perdre le contrôle, celle d’une radicalisation d’une partie des croyants soutenus par les monastères et quelques dignitaires fascisants qui constituent une menace directe pour le chef du Saint-Synode. L’accord Tsipras Ieronymos constitue donc pour lui une garantie contre la séparation.Tsipras a, quant à lui, un autre Saint-Synode à gérer, son siège est au Berlaymont, à Bruxelles et pas à Constantinople, et des élections législatives délicates à préparer. L’aspiration à la Séparation continuera à s’exprimer : une bataille d’opinion s’engage.

 

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