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Publié par Michel GODICHEAU

Je voulais vous parler depuis longtemps de l’Union des Peuples Libres des Balkans, à laquelle est associée la belle figure du bulgare Christian Rakovski… Ce mot d’ordre de la Deuxième internationale, celle de Rosa Luxembourg, assassinée il y a tout juste cent ans par ses anciens camarades devenus ministres, retrouve aujourd’hui une singulière actualité avec la manifestation massive contre les accords de Prespa qui a eu lieu en janvier à Athènes.

Formellement, la droite et l’extrême droite grecques ont réussi de puissantes manifestations, même si Tsipras l’a emporté de justesse. Je ne crois pas qu’un seul média français puisse comprendre, encore moins expliquer. Et pourtant ce qui se joue fait partie de notre histoire.

 

Au cours du XIXème siècle, lors de l’affaiblissement progressif de l’empire Ottoman, les puissances voisines (Perse, Russie, empire Austro-Hongrois) ou coloniales ( Angleterre, France), cherchèrent à avancer leurs pions.

La Russie avait un double objectif : faire de la Mer Noire une mer russe et unifier l’orthodoxie sous l’autorité du patriarcat de Moscou. Lorsqu’elle dut y renoncer, à partir de 1878, elle se concentra sur les Balkans. L’empire Austro-Hongrois devint alors son principal concurrent. La France voyant l’Egypte et l’Arabie sous influence anglaise, tenta à travers l’Algérie, le Liban, la Syrie et l’Irak, de doter les pays musulmans qu’elle convoitait ou occupait d’un sultanat alternatif, sans négliger, en collaboration avec le Saint-Siège et les Jésuites, de renouer avec une expansion du catholicisme.

Au début du XXème siècle, le mouvement ouvrier naissant prit conscience du fait que la mosaïque de peuples de la région des Balkans ou cohabitaient slaves, turcs, grecs, arméniens, juifs, pomaques, daces, bulgares, hongrois, albanais, serbes, moldaves, allemands, italiens et d’autres, tout enfermement national dans des frontières impossibles et mythifiées, risquait de conduire à des massacres dont les premières victimes seraient les peuples eux-mêmes. Et c’est bien ce qui arriva à partir de 1912-1913.

L’alternative c’était l’Union des peuples libres des Balkans. Un mot d’ordre des socialistes désireux d’éviter la guerre (1909). La Yougoslavie fut, beaucoup plus tard, une expression déformée et dévoyée de ce mot d’ordre. Les accords de Yalta et Potsdam ont, à la fin de la IIème guerre mondiale, scellé le sort du Sud de la région, contre les aspirations des plus lucides des partisans , puis dirigeants communistes dans la guerre civile de 1944-49. Plus tard les affrontements ont repris, les USA et leurs alliés européens ont repris l’initiative… Les guerres balkaniques de 1912-1913 ont fait 100 000 morts et les guerres yougoslaves des années 1990 à 2001 150 000 morts et des torrents de haines résiduelles…

Le panslavisme pro-russe a repris comme une conséquence, Poutine est bien plus présent de l’Agios Oros à Thessalonique que le co-prince Macron en principauté d’Andorre, Teyep Recip Erdogan menace pour éviter la double menace russe et kurdo-américaine, l’influence Austro-Allemande s’exerce en Slovénie, en Bosnie et en Serbie, le Vatican est toujours très influent (avec les amis de Salvini) chez les petits-enfants des Oustachis… Retrouver le vieux mot d’ordre prolétarien est cependant à portée si on veut éviter un Acte III (ou IV). Et le fait que la « Macédoine du Nord » devrait être prochainement dotée d’une base militaire américaine ne rassure personne

En 1912, la quasi-totalité des socialistes de la IIème Internationale appuyaient la résolution de l’Union socialiste balkanique où militants turcs, bulgares, grecs, macédoniens, serbes, albanais déclaraient :

« A l’idéal sanglant des nationalités de disposer du sort des peuples par la guerre et de marchander leurs droits et leurs territoires, nous répondrons par l’affirmation de la nécessité impérieuse […] d’unir étroitement, sous la forme la plus démocratique, tous les peuples des Balkans, sans distinction de race ou de religion » (Manifeste des socialistes de Turquie et des Balkans- bulletin périodique du bureau socialiste international – 1912)

 

 

 

 

Sépulture d'un combattant communiste grec de la guerre civile  de 1945 à 1949

Sépulture d'un combattant communiste grec de la guerre civile de 1945 à 1949

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