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Publié par Michel GODICHEAU

Retour de pêche. Il y a deux semaines, il y a deux siècles, dans le golfe Thermaïque. Notre petite barcasse est un peu secouée par les vagues. On annonçait 2 Beaufort jusqu’à 11h, mais comme nous n’avions rien pris, nous avons prolongé et le vent et la pluie nous ont rattrapés. Mais la matinée nous a offert le spectacle d’un joli troupeau de dauphins à quelques mètres (et dire que nous n’avons même pas songé aux lignes à maquereaux à ce moment!)

Il faisait frais, mais assez clair malgré le temps pluvieux et il avait encore neigé sur l’Olympe, plus majestueuse que jamais. La barque remontée sur sa remorque, le temps m’est apparu étrange : tant la coquille de noix sur les flots par un temps maussades que le coronaios qui circulait déjà évoquaient les temps ultimes, ceux du Julien Gracq des manuscrits de guerre. Faire face à la peur d’un lendemain qui sera peut-être sans nous. Mais où l’Olympe blanche et grise sera là, ce qui est somme toute rassurant.

Deux semaines plus tard. Dimanche. Je regarde la chaîné parlementaire sur la « loi d’urgence sanitaire ». Face au désastre, au Sénat, Philippe Bas tentait de concilier les intérêts de la classe dominante et un respect des formes démocratiques, les autres opposants ne semblaient se préoccuper que des comptes qu’ils auraient à rendre à leurs coteries diverses (« vous avez vu ? j’ai défendu l’amendement ! ») , Esther Benbassa semblait un peu perdue , seul Bruno Retailleau adressa au ministre Véran les vraies questions sur l’impéritie du gouvernement Macron-Philippe. Véran essaie de fuir et le président Larcher le retient. Les représentants politiques de la classe dominante se déchirent. A l’Assemblée Nationale j’ai d’abord écouté un peu du débat en commission, les rapporteures LREM sont inégales, la même question déjà soulignée par Philippe Bas est sous-jacente mais ne sera guère débattue : quelle légitimité y a t-il à permettre de restreindre les libertés démocratiques et les droits sociaux (35 heures, congés, heures supplémentaires) à partir d’une loi qui a pour objectif de parer au plus pressé en matière d’urgence sanitaire ? En séance plénière j’ai d’abord entendu Jean-Luc Mélenchon indiquer parmi de vives et intelligentes critiques « cette loi, que nous voterons sans doute... » … et Édouard Philippe de le remercier au nom de l’union sacrée. Diable, 1940 n’est jamais loin. Finalement, et c’est heureux, LFI ne votera pas, mais, décidément, « homme d’État » est un bien vilain métier. En privé, Henri Caillavet en convenait presque. Mais je n’ai pas et n’aurai pas de relations privées avec Jean-Luc Mélenchon.

Oui c’est à l’État qu’il faudra s’en prendre, à ses chefs d’hier et d’aujourd’hui, avant que les cercueils soient oubliés. Certains se gaussent aujourd’hui du rebond de popularité mesuré pour Macron, mais fin 1940, Philippe Pétain aurait eu beaucoup plus. Nos organisations syndicales ont été préservées et la « suspension » des projets sur les retraites et l’assurance-chômage est un hommage involontaire à leur pugnacité. Mais désormais, c’est certain, il faut aller plus loi que « jusqu’au retrait ».

Et pour l’Olympe : το βουνό με το βουνό ποτέ δε σμίγει. Il n’y a que les montagnes qui ne se retrouvent jamais, avec la kithara de Dimitris Mistakidis.

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