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Publié par Michel GODICHEAU

 

Certains ici préparent manifestement la guerre : à défaut de conscription ils viennent même de proroger l’existence d’un « Conseil de défense ». Ils gouvernent par décrets et par ordonnances pendant que leurs généraux éperdus multiplient ordres et contre-ordres. Ce qui continue de se passer sur le plan sanitaire illustre déjà une barbarie tranquille et l’on se dit que le Rivotril vaut peut-être mieux que la troisième amputation pour gangrène gazeuse. Et les profits continuent chez Uber Eats comme chez Gilead.

Et maintenant le Grand Turc s’approche de Vienne, on dit même que les Loups Gris de Mulhouse font mouvement vers l’Élysée.

Mais Nazim Hikmet sait d’où vient la chair à canon. Hier c’étaient les paysans, c’était Memetdjik dont Nazim Hikmet a fait un archétype :

 

"Memet, Memetdjik

Memetdjik, Memet

 

Sur quatre fronts c’est l’Apocalypse.

Les wagons sont faits pour quarante hommes,

quatre-vingts, cent Memets s’y entassent

 

Memet, Memetdjik

Memetdjik, Memet

 

Les wagons verrouillés ignorent la pitié

 

[…]

 

Memet n’a plus que la peau sur les os,

ses moustaches retombent.

Aux pieds de Memet des sandales en lambeaux.

Memet est couché à plat ventre, il délire.

Memet cherche des grains d’avoine dans le crottin des chevaux.

Il va laver l’avoine dans le ruisseau.

Il la mangera après l’avoir ait sécher au soleil.

Partout des Memets, partout des convois.

Mourir c’est la loi divine, mais pourquoi la faim ?

 

Memet, Memetdjik

Memetdjik, Memet…

Une poignée d’avoine, c’est tout.

Le crottin des chevaux ignore la pitié"

 

( Trouvé dans un vieux (1983) – et très bon- numéro 655-656 de la revue « Europe » : littérature de Turquie qui résume ainsi la biographie de Nazim Hikmet :

 

Né à Salonique en 1902 dans une vieille famille de dignitaires ottomans. Il est poète dès son plus jeune âge. Après avoir rejoint la résistance turque de la guerre d’indépendance, il part en 1921 à Moscou où il s’inscrit à l’Université des Peuples de l’Orient et fréquente les milieux culturels alors en pleine effervescence. Quand il retourne en Turquie, en 1928, à cause de son appartenance au Parti communiste, il passe le plus clair de son existence en clandestinité ou en prison. Après 1951, il vit en exil.)

 

Nazim Hikmet est mort en exil en 1963

La revue publie aussi un poème inédit traduit par Nedim Gürsel (sur lequel, j’espère, je reviendrai) :

 

« Les yeux bleus alanguis

Les cheveux blonds emmêlés

sa chemise de nuit en soie écrue sur la peau tiède et nue

toute dévêtue,

et même presque impudique,

soudain sort de son littérature

la saison du printemps chez nous à Istambul. »

Le compositeur et pianiste turc Fazil Say (nous avons fait campagne pour lui éviter la prison) a écrit cet oratorio en l’honneur de Nazim Hikmet)

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