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Publié par Michel GODICHEAU

J’avais beaucoup apprécié « Le financement public des religions et de la laïcité en Belgique », de Jean-Philippe Schreiber et Caroline Sagesser (paru en 2012 chez Academia), les auteurs y faisaient un constat tout à fait révélateur sur les méandres d’un système fondé sur la reconnaissance des cultes (presque tous) et du Conseil central laïque : les uns et les autres étant ainsi renvoyés à des options philosophiques. L’Église catholique pouvait ainsi suivre la voie de Lamennais aux frais du contribuable et les partisans de la « laïcité », comme courant séculariste, tenter de se défendre en avec des permanents et des budgets abondés par les fonds publics, mais , bien entendu, sans commune mesure avec les centaines de millions d’€ déversés sur les cultes.
En réalité le souhait que Montalembert, l’aristocrate français ultramontain, exprimait après 1830 est toujours exaucé  :
 
«  La Belgique avait conservé plus fidèlement qu’aucun autre peuple les mœurs et les institutions du vieux monde catholique : le moyen âge n’y avait jamais été travesti par l’esprit de cour. Aussi a-t-elle été appelée la première à appliquer les conditions et à recueillir les fruits de l’action catholique dans le monde moderne. Sa nationalité, noblement reconquise repose sur une constitution que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner et de défendre fidèlement jusqu’à ce jour. Elle a consacré tous les vœux et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps modernes : l’indépendance absolue de l’ Eglise, le libre choix des évêques par le vicaire du Christ, la liberté complète de l’enseignement et des associations religieuses. »
Mais l’affaire de la STIB (la « RATP » bruxelloise condamnée pour discrimination à l’embauche d’une femme musulmane qui entendait porter le voile), qui divise le gouvernement régional, relance les analyses sans toujours faire grand cas des principes. Aussi est-ce avec un certain étonnement que j’ai lu dans « Le Soir », sous la plume de Jean-Philippe Schreiber (Edition du 25 mai 2021) :
 
« Alors rappelons deux évidences : d’une part la Constitution belge, en ses articles 20 et 21, proclame la séparation entre État et religion – et cette séparation est même absolue, a précisé la Cour de Cassation dès 1847 –, de même qu’elle établit la primauté du civil sur le religieux. »
Ma lecture de la Constitution belge suggère le contraire. Les articles 20 et 21 disent :
Art. 20

Nul ne peut être contraint de concourir d'une manière quelconque aux actes et aux cérémonies d'un culte, ni d'en observer les jours de repos.
  • Art. 21

    L'État n'a le droit d'intervenir ni dans la nomination ni dans l'installation des ministres d'un culte quelconque, ni de défendre à ceux-ci de correspondre avec leurs supérieurs, et de publier leurs actes, sauf, en ce dernier cas, la responsabilité ordinaire en matière de presse et de publication.

    Le mariage civil devra toujours précéder la bénédiction nuptiale, sauf les exceptions à établir par la loi, s'il y a lieu.
L’article 20 est d’une vigueur quasi jacobine (nan, je plaisante), mais l’article 21 est d’abord la reconnaissance de l’ultramontanisme exigée par Rome qui gouverne directement ses ouailles en Belgique et l’alinéa sur le mariage est, accessoirement mais éloquemment, la reconnaissance de la prééminence de l’Église catholique romaine et de ses rites, quand bien même les deux glaives d’Augustin seraient un peu rééquilibrés. C’est d’ailleurs pour répondre à cette organisation que le futur Léon XIII a organisé à Rome en 1844 le « Collège pontifical belge ».
Bref, c’est plutôt l’évangile selon Saint Mathieu (rendre à César ce qui est à César), que le « mur de séparation » de Thomas Jefferson !
Caroline Sagesser co-autrice de Jean-Philippe Schreiber a plusieurs occasions et elle-même référence appréciée sur les problèmes institutionnels, pose autrement le problème, si l’on en croit le site de la RTBF (radio télévision belge francophone) :
« Le principe de laïcité n’est pas inscrit dans notre constitution, et il poserait question chez nous : "En Belgique, la laïcité est une conviction qui est reconnue et financée comme les autres cultes. Si l’on veut l’inscrire dans la constitution comme un principe de base, il faudrait donc considérer que cette conviction est supérieure aux autres convictions religieuses ou non religieuses". (article de Hugues Angot 01/06/2021)
Hugues Angot termine par : « Faire de la Belgique un État laïc ne serait donc pas pour demain. »
Peut-être, mais je prends le pari que si la Belgique devenait République, elle deviendrait laïque.
MG.

Note : En 2020 une tribune que j'avais rédigée sur ce sujet et qui dialoguait  avec Jean-Philippe Schreiber avait reçu un accord de publication dans "Le Soir" en version électronique, mais je n'ai  rien reçu m'indiquant  que cela avait été publié. Si "Le Soir"  est intéressé, je suis bien sûr disponible.


Illustration  : une version émouvante et fraîche de "La passion selon saint Mathieu" de JS Bach

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