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Publié par Michel GODICHEAU

 

La guerre nous laissera t-elle le loisir de parler d’elle ? Même en étant optimiste, j’ai comme un doute. Le million de morts estimés de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et les deux cent mille morts estimés des deux guerres du Golfe (1991-2003) n’ont jamais eu la parole. Les survivants écrivent parfois. J’ai découvert grâce à Orient XXI l’écrivaine irakienne Alia Mamdouh et son roman paru en janvier 2022 « Comme un désir qui ne veut pas mourir ». (Actes Sud). Je ne souscris que modérément à la métaphore évoquée par la quatrième de couverture (même si – je n’en doute pas- l’autrice l’assume), en revanche le roman m’a évoqué Man Ray, Hans Bellmer, D.AF. de Sade, Roger Bacon et la belle traduction de Philippe Vigreux donne des résultats comme celui-ci :
 
« Les villes sont ordinaires, les humains sont ordinaires, l’amour est ordinaire, la mort aussi, et même plus qu’ordinaire. Quand je marche, je compte les gens ordinaires que je connais et je m’aperçois qu’ils sont tous ainsi. Je connais un tas de personnes et de villes ordinaires.Paris n’échappe pas à la règle. Nous ne percevons d’elle, la plupart du temps, que son « ordinarité » et sa marginalité. Londres, dans son côté raciste, est ordinaire et parfaitement parée dans la mesure où personne ne parvient à déceler le système détestable qui y règne. Je préfère le racisme ordinaire français, agressif et criant. Je dis à Youssef, lors de mes visites en France : « Quand l’Angleterre te déteste, elle te tourne le dos, elle te méprise et te met à l’écart. Elle ne te dit pas un mot. Même à l’aéroport, on te reluque avec ce regard préfabriqué. Ah ça, Youssef, les Anglais sont sûrs de ta démarche, de ton regard et même de tes intentions et tu es toujours fautif. Ils le lisent sur toi, mais poliment, et il ,e te reste qu’une chose à faire : leur cacher ton visage, la couleur de ta peau, tes penchants et ton caractère. Les Français sont idiots. Ils te hurlent au visage et on échange avec eux des injures et parfois des coups de poing. Ces gens-là vous apprennent à répondre à l’injure jusqu’à ce que le sang coule des deux côtés » (p 208-209)

 

Et parce que des enfants sont morts et meurent, Mahler me paraît bien adapté. Mais je vous promets du Scriabine pour la prochaine fois.

 

 

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