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Publié par Michel GODICHEAU

Le "Courrier de l'Ouest" de ce matin ( dimanche 7 septembre 2008) chante des dithyrambes au "lycée différent" de Saint-Nazaire, fondé par Gabriel Cohn-Bendit et dont Sarkozy veut appliquer le concept en région parisienne.


En septembre 1969, "Esprit", la revue fondée par  Emmanuel Mounier publiait un dossier sur "L'utopie pédagogique"   d'où j'extrais cette (longue, mais cela vaut le coup) citation  de Jacques Drouet.


    "Toute la question est de savoir si nous acceptons enfin la... démagogie. Là encore on a fait- pour la commodité de la cause- un terme péjoratif d'une réalité simple. Nous n'avons plus d'autres choix qu'entre la démagogie et la pédagogie ; mais la pédagogie est morte. Ne serait-ce que par cette autre  raison qu'il n'y a plus d'enfants. Infantes signifie "qui ne parlent pas". Les enfants nous ont éloquemment prouvé - et ils nous prouvent tous les jours- qu'ils savent parler, qu'ils n'ont plus besoin de nos leçons d'élocution ou de réthorique, qu'ils en savent - sur les sujets essentiels de la vie et du bonheur- autant et aussi peu que nous ; q'ils n'ont plus rien à faire de ces esclaves que nous sommes, chargés autrefois de les conduire à l'école.
     Reste  le noble rôle de démagogue. Mais ce serait une erreur de croire qu'on en décide par un acte délibéré. Le démagogue n'est pas celui qui invente, de sa propre initiative, un moyen extérieur de manoeuvrer la foule. Cette interprétation méprisante traduit une singulière sous-estimation de la grandeur et  de la dignité populaire. Personne ne peut plus prétendre conduire une masse humaine comme un objet ou un troupeau. La place de l'éducateur n'est pas avant mais au sein même du flot ; il ne sait pas plus qu'un autre où va l'histoire ; il sent seulement plus intensément  comme par une sorte de don- quelles en sont les résonances intimes ; il n'a pas pour tâche de diriger mais de cristalliser le bouillonnement  des  aspirations confuses. (...)

    Les générations actuelles refuseront de plus en plus  catégoriquement toute forme d'éducation qui pourrait conserver le plus minime aspect d'aliénation. Si l'être humain accepte encore d'être éduqué - ou plutôt écouté- ce ne peut-être que pour lui-même. La notation, la compétition, les contrôles, les examens, les inspections, tout l'ensemble de notre système scolaire témoigne de cette  préoccupation majeure d'usiner une personnalité en fonction des besoins de la société dans laquelle elle aura à s'insérer plus tard. Cette conception est caduque. D'abord parce que nous ne comprenons strictement rien des exigences de la future humanité dans quelques décennies, c'est-à-dire à l'époque où les plus jeunes parmi nous auront atteint l'âge adulte. Ensuite -et surtout- parce que, toute l'éducation devenant permanente, ou continue, il ne s'agit plus du tout de préparer à une certaine manière de vivre demain, mais beaucoup plus simplement de permettre de vivre aujourd'hui. L'école ne peut plus se permettre de se détacher de la vie ; elle ne peut que se résorber en elle" ("Demain Thélème" p 296-297)



En vertu de quoi - et c'est le point d'orgue de l'article du "Courrier de l'Ouest" -  la fonctionnaire chargée d'enseigner l'Allemand ( le mot professeur est banni) au "lycée différent" paraît  fière  de récurer les chiottes avec  ses élèves ( je vais lui demander quels produits elle utilise).

 



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