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Publié par Michel GODICHEAU

« Spinalonga » Epaminondas Remoundakis – Vies et morts d’un Crétois lépreux. - texte transcrit et traduit par Maurice Born. Édité par Anacharsis – Toulouse 2023
Je ne suis pas tout à fait de cette génération. J’avais entre cinq et sept ans quand elle s’est achevée : à la maison, il y eut d’abord un robinet dans la cour et un autre sur l’évier. J’ai appris à pêcher en accompagnant ma tante au lavoir pour rincer le linge lavé dans la buanderie qui fonctionnait au feu de bois. La messagère du changement de période a peut-être été la Mère Grenouilleau : chaque jeudi elle trimbalait sa charrette à bras dans les rues du bourg pour vendre les sardines qui permettaient aux paroissiens de manger maigre le vendredi. Les sardines avaient, la veille, voyagé cinq ou six heures depuis Croix-de-Vie et elle n’avait guère besoin de clochette pour s’annoncer.
Oui, je termine ma lecture du livre de Nondas. J’avais donc dix ans quand Nondas est sorti de « L’île des lépreux ». Nos maladies à nous celles qui hantaient nos peurs d’enfants, c’étaient plutôt la tuberculose et la polio. Fort heureusement la vaccination est intervenue, même si je n’ai pas tout à fait échappé à la première. Spinalonga c’était autre chose que le sana.
« Les maladreries furent fondées sur aumosnes et pour li commun porfit, por dessevrer les sains [bien portants] des enfers [malades] de liepvre"  écrit Philippe de Beaumanoir au XIIIe siècle. Sept siècles plus tard, des médecins ont été, voici moins de trois ans, instrumentalisés par le pouvoir d’État pour soutenir des « auto-attestations «  à faire contrôler par les archers du guet.
Spinalonga c’était une menace plus moderne : l’idée de concentrer de force une population supposée dangereuse dans une colonie jusqu’à ce que mort s’ensuive : la chose a toujours de multiples variantes et les « enfers » peuvent l’être d’une maladie sociale, politique, ethnique. Bref, concernant la lèpre , se souvient-on seulement que l’enfermement a repris en France en 1909, soit à peu près l’époque où la Grèce a commencé à utiliser Spinalonga. Comme je ricane volontiers, je signale qu’aux dernières nouvelles  Aedes aegypti  (oui, le moustique tigre !), pourrait en être vecteur. Par ces temps de réchauffement, cela peut amuser.
La lèpre d’Epaminondas Remoundakis a été diagnostiquée en 1926 (il avait 12 ans). Jusqu’en 1935, Nondas a réussi à échapper aux gendarmes au prix d’aventures rocambolesques et de plusieurs déménagements. Il a ainsi pu commencer brillamment ses études de droit à Athènes.
Sa dernière action d’homme libre a été de s’opposer à l’exclusion de l’université de son professeur de droit constitutionnel, lors de la loi martiale installée à l’occasion de la tentative de coup d’État du général Plastifias, le 1° mars 1935. Le professeur avait déclaré devant ses étudiants  :
«  Au vu de la situation actuelle, et devant la disparition desdits droits individuels (qu’il état en train de développer), je décide d’interrompre mon cours à ce sujet, je passe à autre chose. »
Je ne sais pas pourquoi je vous dis cela aujourd’hui.

 

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